
5 – Juger le travail avec la fiche de lecture
La fiche de lecture est un outil pédagogique très facile à prendre en main et fort utile, surtout lorsqu’on travaille avec des scénaristes néophytes. Elle sert à transformer un jugement instinctif (j’aime / j’aime pas) en une évaluation argumentée.
Sur son propre projet, faire remplir sa propre fiche de lecture à un apprenant est un exercice contre-intuitif mais très formateur : elle l’oblige à sortir de la posture d’auteur (« je sais ce que j’ai voulu faire ») pour se mettre en posture de lecteur (« Ce que je voulais faire se voit-il vraiment? »).
L’écart qui apparaît entre l’intention et ce que la grille révèle objectivement est souvent le vrai enseignement de l’exercice. C’est aussi une excellente préparation avant un retour extérieur : l’apprenant arrive avec son propre diagnostic déjà posé, ce qui structure et approfondit la discussion qui suit, plutôt que de découvrir les problèmes en direct devant le groupe.
En retours croisés entre groupes (typiquement dans un dispositif comme Écris ta série, où plusieurs sous-groupes avancent en parallèle), la fiche formalise l’échange et évite les deux écueils classiques du retour entre pairs novices : l’enthousiasme flou (« j’ai trouvé ça cool »), ou à l’inverse la critique non cadrée et potentiellement blessante.
Elle impose une méthode : nommer d’abord ce qui fonctionne, puis ce qui coince, puis argumenter plutôt que juger globalement. C’est aussi, en soi, un exercice de lecture pro qui forme le jugement critique des apprenants. Il faut donc imposer aux apprenants de déceler d’abord le positif puis ce qui est « à retravailler ».
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Voici deux supports de fiche de lectures faciles à utiliser (cliquez pour télécharger) :
Exemple 1 : Modèle Fiche CNC FAIA
Exemple 2 : Fiche de lecture type – Lecteurs Anonymes
NB : Les deux modèles ont des logiques assez différentes, et le choix compte pour un atelier : le CNC/FAIA est calibré pour un contexte de sélection ou de financement : sa grille A/B/C et des critères comme « adaptation au média télévisuel » ou « niveau d’élaboration » servent à trancher si un projet mérite d’être soutenu. Sa vraie pépite pour un atelier, c’est la section à retenir / à écarter / à discuter, qui est un excellent outil de tri, très proche dans l’esprit du travail de convergence qu’on a vu avec le mindmapping.
Le modèle Lecteurs Anonymes, lui, est plus généraliste et bien plus pédagogique pour des novices : son second tableau (humour, émotion, tension/suspense, violence, sexe) objective des sensations que les apprenants perçoivent en lisant sans savoir les nommer, et les contraintes de forme (5 points positifs exactement, résumé en 20 lignes) imposent une discipline de résumé.
Avec des apprenants, mieux vaut prendre le modèle Lecteurs Anonymes comme base, moins orienté « verdict » et emprunter à celle du CNC la logique à retenir/à écarter/à discuter, qui donne une porte d’entrée simple et non intimidante pour un premier retour entre pairs.
