7 – Vendre le projet !

Vendre à l’écrit prive l’auteur de tout ce qui rattrape habituellement une hésitation : le ton de voix, l’enthousiasme, la capacité à rebondir sur une question. Un lecteur professionnel (un producteur, un comité de lecture ou un jury de bourse) se fait souvent un avis dès la première page ! Voici les éléments qui font la différence :

    • Le titre. Il doit être mémorable et déjà évocateur du ton ou du genre. Un bon titre fait gagner quelques secondes d’attention avant même la première ligne.
    • La logline, ou pitch en une phrase. L’exercice le plus révélateur : si l’auteur n’arrive pas à tenir son histoire en une phrase (protagoniste, désir, obstacle, enjeu), c’est souvent le signe que l’intrigue elle-même n’est pas encore assez claire.
    • Le genre et le format annoncés dès le début. Un lecteur qui ne sait pas s’il lit une comédie ou un thriller cale ses attentes au hasard. Préciser aussi le format (court métrage, série, nombre d’épisodes) évite au lecteur de se projeter dans le mauvais cadre. Il est intéressant aussi d’évoquer le type de public auquel se destine le projet (tous publics ? plutôt adulte ? « pré-school » ?)
    • Un synopsis économe, c’est-à-dire un bon résumé montrant la mécanique dramatique en quelques paragraphes, pas les événements dans l’ordre chronologique.
    • Des personnages présentés par leur désir et leur conflit, pas par leur biographie. Ce qui est pertinent c’est de savoir ce que le personnage veut et ce qui l’en empêche.
    • Une note d’intention : pourquoi cette histoire, pourquoi maintenant, pourquoi vous. Il faut préciser me point de vue de l’auteur sur son sujet, l’ambition thématique, parfois quelques mots sur le ton ou l’univers visuel recherché. C’est ce qui distingue un projet « qui pourrait exister » d’un projet porté par quelqu’un de légitime à le raconter.
    • Des références et des inspirations, c’est comme un raccourci précieux qui aide le lecteur à se situer immédiatement, et qui montre aussi que l’auteur connaît le paysage dans lequel s’inscrit son projet.
    • Anticiper, dans le document lui-même, les critères sur lesquels on sera jugé. C’est là que la fiche de lecture qu’on regardait ensemble devient un outil de rédaction autant que d’évaluation : clarté, originalité/point de vue, éléments de conflit, empathie pour le protagoniste, cohérence, niveau d’élaboration.

Et enfin, la qualité formelle du texte lui-même : orthographe, mise en page, capacité de synthèse. A l’écrit, une faute ou une lourdeur de style est immédiatement lue comme un manque de rigueur sur le fond, alors qu’à l’oral elle passe inaperçue.

Pitcher le projet peut être une expérience difficile pour les plus réservés, mais indispensable pour les scénaristes ! Selon le type d’interlocuteur (producteur, co-auteur, jury de

 bourse,…) il ne contiendra pas les mêmes informations. Mais dans tous les cas il devra évoquer les enjeux, pas forcément toute l’intrigue, car l’élément indispensable n’est pas la succession des événements, mais ce que le personnage risque de perdre, ce qui le pousse à agir maintenant. L’interlocuteur qui écoute retiendra surtout la tension.

Donc le pitch est une promesse, pas un résumé. Il

doit donner envie de lire le scénario, pas s’y substituer. Il doit comprendre le genre, le format, la cible, les intentions et poser les grandes questions en quelques minutes.

On parle parfois d’elevator pitch, mais c’est la version la plus courte possible, littéralement « le temps d’un trajet en ascenseur » : trois phrases qui capturent le cœur du projet. C’est une bon exercice d’apprentissage de son propre sujet !