
2 – Se faciliter la vie… sans escamoter d’étape cruciale au développement !
Utiliser l’IA, comment, à quelle étape du développement et de quelle manière, gagner du temp en passant des étapes… que peut-on conseiller ?

a ) Peut-on s’aider de l’IA pour la partie recherche et documentation sur l’arène, l’époque etc… ?
Oui mais il faut partir du principe que l’IA est un assistant qu’il faut surveiller. Elle est utile pour dégrossir un milieu (exemples : comment fonctionne une garde à vue, la hiérarchie dans un hôpital, le quotidien d’un vigneron) mais ces infos servent surtout à poser les bonnes questions ensuite à un vrai expert – arriver à un entretien avec un professionnel en sachant déjà quoi demander, c’est la moitié du travail.
La règle absolue à suivre : tout fait qui porte du poids dramatique doit être recoupé à la source. L’IA peut affirmer avec un aplomb parfait une procédure judiciaire qui n’existe pas. Et une erreur factuelle découverte en version 4 du scénario, quand toute une intrigue repose dessus, c’est des semaines de réécriture. L’usage sain de l’IA dans la recherche c’est celui d’une pré-étape d’exploration, mais il faudra ensuite la faire valider puis compléter par une source primaire et puis par l’humain.
c ) Peut-on se servir de l’IA pour travailler la structure ?
Pourquoi pas ? Le séquencier est le document où les erreurs coûtent le plus cher si elles passent inaperçues, et c’est là que l’IA a un avantage mécanique réel : elle tient l’intégralité du document en « mémoire de travail » simultanément, ce qu’aucun humain ne fait vraiment.
Ne demandez pas « Est-ce que c’est bien », le retour que vous aurez sera flatteur et creux. demandez au contraire une lecture sévère et non complaisante, en demandant explicitement de trouver les problèmes.
Par exemple : faites un test concret pour détecter les scènes sans conflit : « Pour chaque scène, dis-moi quel personnage veut quoi et qui s’y oppose et signale les scènes où tu ne peux pas répondre »
Ou encore demandez à l’IA de déceler les passages où rien n’évolue pendant plusieurs scènes d’affilée : « Reconstitue la chronologie interne jour par jour et signale les impossibilités » ; « Trace l’arche émotionnelle du protagoniste scène par scène et signale les moments de stagnation »
Ce sont des vérifications fastidieuses qu’un groupe de néophytes ne fera jamais rigoureusement à la main, et que l’IA fait en une minute.
Pour une bible de série, même logique : à chaque nouvelle version d’épisode, « Vérifie la cohérence avec la bible et les épisodes précédents » attrape les contradictions avant qu’elles ne s’incrustent.
d ) Peut-on travailler les dialogues avec l’IA ?
Cela n’est vraiment pas recommandé !
La voix, cette façon qu’a un personnage de parler qui n’appartient qu’à lui, est la compétence la plus longue à acquérir pour un scénariste, et elle ne s’acquiert que par la pratique, y compris la pratique ratée. Chaque scène que l’IA écrit à votre place est une répétition que vous n’avez pas faite. C’est exactement comme apprendre un instrument : personne ne progresse en écoutant quelqu’un d’autre jouer ses gammes.
En revanche, l’IA peut être utile si vous en faites une lectrice de dialogues avec les bons prompts. Par exemple : « Cache les noms des personnages dans cette scène : peut-on deviner qui parle rien qu’à la façon de parler ? ». Si la réponse est non, vos personnages ont tous la même voix, alors vous savez qu’il faut approfondir la caractérisation de vos personnages pour ensuite travailler la manière dont ils parlent.
Autre exemple de prompt : « Où est-ce que les personnages disent ce qu’ils ressentent au lieu de le jouer ? ». Cela peut vous aider à détecter une autre erreur commune.